Les mardis des Bernardins (2)

Au-delà des techniques de management : qu’est ce qu’un chef ?
Collège des Bernardins, le mardi 5 octobre 2010
Marc Lièvremont, Sélectionneur de l’équipe de France de Rugby
Charles Beigbeder, Président de Poweo, vice-président du MEDEF
Eric Bonnemaison, Général de brigade, Commandant des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan

Synthèse des déclarations de Marc Lièvremont
Quel chef êtes vous ?
C’est sûr, je ne voulais pas devenir entraîneur. J’ai toujours été un joueur au service du collectif. Être un chef, c’est faire des choix, assumer, commander. J’ai essayé d’être moi-même, de responsabiliser mon entourage, de mettre en avant des valeurs tout en veillant à l’harmonie du collectif.
Pour ce faire, je dresse un cadre de vie et de valeurs. Pour qu’un collectif fonctionne, il faut impliquer les joueurs. Je demande le respect et la franchise avec une forte implication du staff.
C’est plus dur d’entraîner une équipe en 2010. Le rugby a évolué, le professionnalisme a changé beaucoup de choses, l’individualisme a augmenté. Aujourd’hui il y a des stars, de grosses différences de salaires, des agents, des CDD, une fidélité à durée déterminée. Dans ce contexte là, il m’est absolument nécessaire de faire preuve d’altruisme, d’humilité et de pudeur.
Malgré l’individualisme, il reste dans notre sport des valeurs fortes et le respect du chef. Les liens d’amitié ne sont pas faciles ; je me dois de garder une distance mais avec respect.

Comment asseoir son autorité ?
Nous sommes tous des frères d’armes. Nous avons besoin des autres pour nous protéger. Je doute, j’ai appris à repousser mes limites. Il faut du courage, il faut assumer ses choix, dire la vérité, avoir de la franchise et ne pas avoir peur de la solitude du chef dans l’adversité.
Le chef est au service des autres. Il faut gagner, il est là pour faire gagner les autres (je déteste perdre). Le chef doit se sacrifier pour les autres. Il a un devoir d’exemplarité tous les jours. L’équilibre des hommes est très fragile. Je reste très vigilant.
J’ai trouvé dans ma mission la satisfaction et le plaisir. Mais je ne me sens pas investi. Mes parents et ma famille comptent beaucoup. « Tu seras un homme mon fils » a dit Rudyard Kipling.
Il est difficile de choisir. Les choix sont objectifs ou subjectifs et il faut faire preuve de bon sens. Mais le bon sens ne s’apprend pas. Je choisis mes collaborateurs, mais il y a certaines choses que je ne délègue pas individuellement ou collectivement. Je me suis surpris d’arriver à être dur. Ma maxime : «  je fais ce que je dis, je dis ce que je fais ».
L’école du rugby est une école de la vie, une éducation. Nous sommes là pour former des hommes. Il y a du travail à faire.

Propos recueillis par Colette CORNU

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